Rencontre avec Giulia Baudier


Peux-tu me présenter ta famille ? 

Je m’appelle Giulia, j’ai 32 ans. J’ai épousé Nicolas il y a 4 ans et nous avons deux garçons Victor, 3 ans et Andrea , 4 mois.

Que fais-tu dans la vie ?

En pleine reconversion professionnelle, je suis en formation pour devenir doula depuis septembre. J’ai choisi une formation assez conséquente. C’est 800 heures de théorique,  20 jours de présentiel puis un stage.

Pourquoi ce changement de carrière ?

Depuis aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours voulu être doula. J’aurais du faire des études de sage femme mais je m’en suis rendue compte trop tard... A 18 ans, je n’avais pas assez d’expériences. J’ai étudié le droit. Dès le début, j’ai su que ce n’était pas fait pour moi. J’ai quand même continué parce que je voulais aller au bout des choses. Quand j’ai obtenu mon diplôme, je me suis essayée au barreau, j’ai détesté. J’ai donc trouvé un travail en tant que collaboratrice notariale. C’était pour moi la meilleure option pour une femme qui voulait des enfants et une famille. Tu es employée, tu as de chouettes horaires tout en restant dans le droit et en étant proche des clients. Quand j’ai eu Victor,  tout a changé. Je ne voulais plus travailler dans ce secteur. J’avais envie de trouver une activité complémentaire à la maternité. 

Quelle est la différence entre une doula et une sage femme ? 

Une doula ne peut pas poser d’acte médical. Une doula accompagne la femme et le couple de la conception à après la naissance. Mon but est d’être présente à l’accouchement. Tu peux prendre une doula pour plein de missions différentes. Tu peux l’appeler pour te conseiller, pour te fournir des livres sur l’allaitement, pour t’accompagner psychologiquement parce que ta grossesse ne se passe pas si bien par exemple, pour le post-partum, pour aider à remplir des documents, pour te parler d’alimentation, pour apporter un soutien psychologique pour un accouchement plus physiologique,…

Est-ce qu’une doula accompagne uniquement les femmes qui veulent un accouchement physiologique ? 

Pas du tout, une doula accompagne toutes les femmes et les soutient dans leur projet de naissance.  C’est ça que j’adore. J’ai une expérience personnelle variée puisque j’ai eu l’opposé avec mes deux fils. J’ai eu Victor à l’hôpital sous péridurale et j’ai eu Andrea à la maison. Je n’ai pas allaité Victor et j’aimerais continuer d’allaiter Andrea le plus longtemps possible. J’ai adoré ces deux expériences très différentes et j’étais en accord avec mes choix à ce moment-là. Je suis certaine que cela m’aidera, entre autre, à accompagner des femmes dans leur chemin. Pour moi, le plus important c’est que la maman soit au courant de toutes les possibilités et choisisse celle qui lui parle le plus. 

Pourquoi avoir voulu un accouchement physiologique pour ton deuxième enfant si tu as adoré ton premier accouchement ? 

Quand j’ai eu Victor, je voulais être à l’hôpital, je n’étais pas contre une péridural et je n’étais pas convaincue que l’allaitement était fait pour moi. J’étais et je suis toujours super heureuse que tout ce soit passé comme cela. Je n’ai aucun regret. Par contre, j’ai eu un post-partum difficile. Par la suite, j’ai beaucoup lu sur le post-partum et je me suis rendue compte que la péridurale et un accouchement totalement médicalisé pouvaient éventuellement causer tout ce que j’ai eu. J’ai donc eu envie d’essayer un accouchement non médicalisé en pleine conscience pour mon deuxième enfant. Je me suis préparée dès que je suis tombée enceinte. Je pense que tu ne peux pas accoucher sans péridurale sans être préparée sauf quand c’est indépendant de ta volonté. J’ai commencé à lire sur le sujet et tu tombes un peu dans un engrenage. J’ai eu envie d’accoucher à la maison. Quand j’ai raconté ça à mon mari, il trouvait que j’étais un peu perchée. Il ne me suivait pas, ça lui faisait peur. Du coup on a trouvé un compromis. Il existe des salles naturelles dans les hôpitaux, en particulier à Erasme, ca s’appelle le cocon. C’est une aile de l’hôpital qui est comme à la maison. Tu viens avec ta sage femme tu fais tout de manière non médical mais si il y a le moindre problème tu vas à l’étage du dessus et tu es prise en charge en 30 secondes. J’ai malheureusement découvert cela trop tard donc ce n’était pas possible pour moi. A delta, il y a une salle naturelle sans médicalisation et si jamais tu craques ils te passent dans une autre chambre où tu peux prendre la péridurale. C’était un bon compromis. Nicolas était d’accord parce que tu as toute la sécurité de l’hôpital mais en accouchant d’une manière totalement physiologique comme je le voulais. 

Est-ce que ta gynécologue te suivait dans ce projet de naissance non médicalisé ?

La mienne n’est pas très branchée accouchement physiologique, je l’ai gardée parce que je l’adorais mais je conseille quand même de trouver une gynécologue qui favorise l’accouchement physiologique si c’est ton souhait. 

Comment s’est passée la naissance ?

Vers 19h, J’ai commencé à avoir des contractions très régulières espacées de toutes les 6 minutes. Je n’avais pas mal, c’était plutôt des contractions de Braxton-hicks. On m’avait beaucoup dit que pour un deuxième enfant ça pouvait être très rapide. Du coup, on est parti à l’hôpital. La salle naturelle était déjà occupée. J’étais hyper déçue. La sage femme m’installe dans une chambre et me dit qu’en effet j’ai des contractions régulières, que le travail a commencé mais que j’ai encore un peu de temps. Elle a lu tout mon projet de naissance où j’explique en long et en large que je veux un accouchement physiologique. Je suis tombée sur la perle rare, elle était super fort à l’écoute et m’a proposé deux options : soit je reste à l’hôpital mais ce n’est pas vraiment dans mon intérêt parce que si j’ai un travail qui dure 12h je finirai surement par demander la péridurale soit je rentre chez moi, je prends un bon bain et je reviens quand les contractions commencent à me faire mal. Je suis rentrée chez moi, j’ai pris mon bain et puis j’ai été dormir.  Je me réveille à minuit et là je sens tout de suite que les contractions se sont intensifiées et qu’il faut aller à l’hôpital. A chaque pas jusque dans la voiture, j’avais des contractions, prête à m’effondrer. En m’asseyant dans la voiture, j’ai senti la tête de mon bébé. J’ai dit à Nicolas : « c’est trop tard, on n’a pas le temps, c’est maintenant. »

Qu’est ce que tu as ressenti à ce moment précis ? As-tu eu peur ? 

J’ai paniqué pour Nicolas. Il m’a regardé droit dans les yeux et m’a dit qu’il me faisait confiance. Il a tout de suite appelé l’ambulance. Il a poussé le canapé et tout préparé dans le salon. J’ai eu une seconde où je me suis dit « s’il vous plait bon dieu faites que j’ai pris la bonne décision ». Pour le même coup, il peut se passer quelque chose de grave.  Nicolas était tellement serein et mignon. On s’est mis dans une bulle, il n’y avait pas de stress, pas de pression. Tout était calme, on était dans le noir à nous deux et on savait tous les deux quoi faire. Je savais exactement où est ce que j’en étais. Je m’étais tellement préparée. J’avais fait du yoga, de l’hypnose, j’étais vraiment dans mon élément. Je sentais tout le processus. Nicolas aussi était préparé. Je lui avais fait écouter deux podcasts et je lui avais acheté des BD sur un accouchement physiologique. Ca l’a vraiment aidé. Il a réceptionné la tête. Ensuite le médecin urgentiste est arrivé. Il n’avait jamais pratiqué d’accouchement sauf pendant son internat. Il était tétanisé. Il lui a fallu deux minutes pour réagir. On était tellement calmes que lui pensait qu’il pouvait encore me transférer à l’hôpital.  Là Nicolas lui dit « vous n’avez pas compris je tiens la tête dans la main là, vous devez venir. » Il a pris la place de Nicolas qui est venu à côté de moi. 

Comment as-tu géré la douleur?

J’ai eu de la chance, ça a été très vite. J’ai eu peu de contractions douloureuses. Je n’ai vu que le positif du coup. Je me sentais puissante. Je me disais c’est génial il arrive bientôt. C’était une douleur positive. Quand tu accouches sans péridurale, les moments entre les contractions sont beaucoup plus paisibles et calmes. Peut-être parce que les contractions sont beaucoup plus puissantes... Je ne sais pas mais ça aide très fort. Je ne dirais peut-être pas la même chose si j’avais eu un travail de 12h. 

Es-tu restée à la maison avec ton bébé ?

Quand tu accouches à la maison, la naissance c’est génial si tout se passe bien mais il y a aussi l’après ;  clamper le cordon, sortir le placenta,… Cette partie peut vite être dangereuse à domicile. On est donc parti en ambulance à l’hôpital. Ma gynécologue m’attendait et s’est occupée de moi. On est resté les trois jours à la maternité. Je n’ai pas de problèmes avec l’hôpital. J’avais juste une envie d’accoucher physiologiquement sans acte médical.

Comment te sentais-tu après la naissance d’Andrea?

J’étais euphorique. J’ai vécu l’accouchement de mes rêves. On a vécu à nous deux quelque chose hors du commun et complètement dingue. Mon mari a fait naitre mon bébé pendant que Victor dormait à poings fermés à l’étage. 

Comment imagines-tu ton prochain accouchement si tu as un troisième enfant ?

Je pense que j’accoucherais au cocon à Erasme. J’ai vécu la plus belle expérience de ma vie. J’ai adoré mon accouchement à domicile mais je crois que deux fois de la chance comme ça c’est rare. Il y a quand même pas mal de risques et je n’ai pas envie de rejouer le sort. 


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